Plus, c’est plus : l’extravagance séduisante du maximalisme 

 

Dans un monde qui a réduit notre quotidien à l’essentiel, en quête des lignes épurées d'un minimalisme esthétique, qu’advient-il de ceux d’entre nous qui ont un penchant plus naturel pour l’extravagance ? L’opulence, le plaisir et la somptuosité étaient autrefois synonymes de luxe, non seulement en termes d’aménagement d'intérieur, mais aussi à travers le spectre de notre mode de vie - de l’alimentation à la mode. Et, bien que le monde soit devenu admirablement plus soucieux de l’environnement et plus modeste de manière générale dans son approche minimaliste des intérêts individuels, n’y a-t-il toutefois pas encore une place pour le maximalisme dans toute son audace, son impétuosité et sa discordance ? 

 

Le maximalisme dans l’art en quelques mots

Le minimalisme s’est détourné de l’excès de façon incontestablement courageuse, afin de démontrer la beauté de la fonction, selon ce principe bien connu : « la forme suit la fonction ». Il a sans aucun doute maximisé notre capacité à explorer des caractéristiques essentielles de la production artistique, telles que la durabilité, la raison d’être et l’utilité. Pourtant, au milieu de toute cette expérimentation, certains producteurs - vraisemblablement ceux à l’esprit ou du moins aux idées en constante ébullition - ont fini par trouver qu’un élément pourtant clairement essentiel faisait défaut au minimalisme : l’excitation.

Le manque de stimulus, comme ils l'ont démontré à travers leur travail, conduisait à l’ennui, à la sévérité et à un détachement presque inhumain qui réduisait notre capacité à exprimer notre individualité. Ce n’est que par l’ostentation, l’élaboration et le souci du détail que nous pourrions réellement révéler notre personnalité dans ses moindres recoins et lutter contre l’apparition d’une conformité fade au courant dominant. 

Ainsi, dans la littérature, des auteurs comme Thomas Pynchon et David Foster Wallace ont commencé à digresser et à élaborer en longueur. Des romans entiers seraient construits autour de digressions, d’envolées fantaisistes et de la notion selon laquelle, dans un monde où il est difficile de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, vous devez tout coucher sur le papier et accorder une même attention à chaque détail. 

Du côté de la musique populaire, des virtuoses comme Frank ZappaAaron Freeman (alias Gene Ween), Phish et Beck ont inclus autant d’éléments qu’ils le pouvaient dans leur musique, fusionnant absolument tout du doo-wop, de la soul et du funk au country, à la musique classique et au heavy metal. La complexité harmonique et le cumul de tropes et de juxtapositions audacieuses sont devenus leurs modes préférés d’expression maximaliste.

Pendant ce temps, dans les arts visuels, les néo-expressionnistes tels que Peter BoothRémi BlanchardMarlene Dumas et David Hockney ont explosé dans les années 1970, s’en prenant à l’art conceptuel et au minimalisme géométrique en revenant aux représentations d'objets reconnaissables – portraits, paysages et natures mortes – mais réalisées de façon grossière, vive et avec une approche presque violente du médium quel qu’il soit avec lequel ils travaillaient.

 

 

Design d'intérieur par Sig Bergamin

 

Architecture maximaliste

Comme pour la grande majorité des mouvements artistiques, le maximalisme a bien entendu gagné du terrain dans le domaine de l’architecture. Fort d’une approche postmoderne qui vient enrichir nos horizons avec des formes géométriques spectaculaires, des couleurs audacieuses et une approche ludique de la forme, l’architecture maximaliste déjoue les lignes épurées du minimalisme et transforme nos paysages urbains en véritables montagnes russes de designs fantastiques qui accrochent notre regard. Les partisans de l’architecture maximaliste comme l’architecte suédois Gert Wingårdh, l’architecte vedette brésilien Sig Bergamin et l’architecte Morris Lapidus à l’origine du style Miami Modern ont rendu sa beauté au fonctionnalisme dans la conception des bâtiments, l’imprégnant de sentiments personnels et de résonance émotionnelle, et contribuant à redonner son côté unique à l’architecture, une unicité presque perdue en raison de l’effet d’homogénéisation du minimalisme où la forme suit inévitablement la fonction.

Ce mélange néo-romantique et néo-expressionniste de styles de construction donnera, espérons-le, aux propriétaires et aux acheteurs de maisons ayant une vision quelque peu dramatique de la vie l’opportunité, une fois de plus, de trouver de nouvelles constructions où se sentir vraiment chez eux. Ils ne seront plus limités au seul choix entre d’une part un bâtiment ancien, exposé aux courants d’air (mais magnifiquement opulent) datant de l’époque néo-gothique ou d'une époque précédente, et d’autre part une nouvelle construction, dénuée de personnalité et en gros œuvre fermé. L’architecture maximaliste, si elle s'impose alors que le 21ème siècle suit son cours, redonnera à ceux qui recherchent des biens l’opportunité de trouver une maison à la fois neuve et dotée d’un vrai charme.  

 

Salon de la maison de Barnaba Fornasetti à Milan

 

Aménagement d'intérieur maximaliste

Il y a quelques années déjà, de nombreux magazines parmi les plus respectés au monde décrivaient l’aménagement d'intérieur maximaliste comme la réponse au minimalisme. Et quand le style d’un mouvement artistique particulier devient à ce point populaire, cela signifie habituellement que ce style a finalement gagné le grand public. Ainsi, en 2018, la tendance « plus, c’est plus » a remplacé la tendance « moins, c’est plus » dans le domaine de la décoration d’intérieur. 

Alors que les années 2010 font place aux années 2020, cette tendance à l’éclectisme, au style bohème, à l’encombrement et aux volumes colorés ne cesse de s’accroître. Désormais, le Washington Post lui-même conseille à son grand nombre de lecteurs issus de la classe moyenne de mélanger les couleurs, les motifs, les textures, les cultures, les formes et les époques pour atteindre la perfection en termes d’excès et d’opulence – si nous devions chercher un signe qui tend à prouver que le maximalisme est là pour rester, au moins pour quelques bonnes années encore, le voilà. 

Alors à quoi ressemble un intérieur maximaliste ? Eh bien, en dehors de vous entourer d'un maximum d’objets que vous aimez, il est question de libérer votre voix et de la laisser s’exprimer à nouveau. Les sols en terrazzo, les enseignes de barbier rouges et bleues et les meubles à motifs font leur grand retour. Corian®, dans tous ses coloris, est là pour de bon. Vous pouvez d’ailleurs vous en donner à cœur joie avec une sélection de coloris primaires et de textures élaborées joliment inspirée des années 80. 

Des designers comme Sasha BikoffBethan Laura Wood et Luke Edward Hall ouvrent la voie pour une nouvelle génération de personnalités individualistes en quête d’attention, aux égos surdimensionnés, voire auto-complaisantes, leur permettant de s’offrir les aménagements d'intérieur qu’elles pensent mériter. Bien entendu, l’environnementalisme, la durabilité, l’agriculture biologique et la responsabilité sociale jouent aussi un rôle dans leurs approches respectives - mais jamais, au grand jamais, au détriment de la joie et de l’expressivité. Voici donc une époque réellement inspirante pour ceux d’entre nous qui ont gentiment patienté dans leurs cocons, prêts à en sortir et à prendre leur envol en matière d’aménagement d'intérieur.  

 

Salle de bain d'une maison à Londres par Beata Heuman

Alors qu’attendez-vous ? C’est le moment de commander vos échantillons de couleurs pour une année 2021 véritablement maximaliste.

Photo principale : Salle de bain d'enfant par Studio DIY